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I’ll be your mirror

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Le week-end dernier, je me suis rendue à un mariage. Il a plu (le proverbe « mariage pluvieux, mariage heureux » est-il une sorte de lot de consolation?), on a bu, dansé et célébré. J’avais (évidemment) fabriqué ma robe-qui-tourne. Mais _détail qui vous indiquera que je suis tout de même un peu dérangée, je ne me suis pas contentée de ma seule tenue : j’ai aussi fabriqué à mon cavalier un noeud papillon assorti, coupé dans le même tissu que ma robe.  Continuer la lecture de I’ll be your mirror 

Pourquoi coudre?

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« Les vêtements cousus à la main redoublent le sentiment qu’ils font corps avec nous, avec notre chair, mais aussi avec celle qui, patiemment, les a mis à notre taille ».

Je suis en train de lire dressing, de Jane Sautière, et il a fallu cette phrase pour que j’écrive enfin ce billet. Voilà. C’est pour cela que je couds. Pour trouver, au-delà des vêtements anonymes du prêt-à-porter, quelque chose qui fasse corps avec moi. La raison pour laquelle la question du style (qui n’est pas seulement vestimentaire) me passionne autant. Le style, c’est pour moi ce qui, matériellement, vestimentairement, littérairement, cinématographiquement, signe une personnalité. Si je ne crois pas que les personnes élégantes valent mieux que les autres (oh! que non), je suis néanmoins fascinée par la question. J’adore que la garde-robe d’un personnage de film me dise sur lui tant de choses que le scénario n’aborde jamais. Elle fait partie de lui.

Je ne suis pas un personnage de fiction, mais j’ai toujours rêvé d’avoir, moi aussi, un costume qui dise au monde qui je suis. Et pour prouver ma singularité (et répondre à mes exigences vestimentaires), quoi de mieux que d’apprendre à coudre? C’est ce que j’ai commencé à faire il y a six ans, et je crois pouvoir dire que je me connais un peu mieux depuis. Porter la jupe corolle plutôt que droite, aimer l’étreinte d’une ceinture ou au contraire, l’aisance d’une blouse…  Au-delà de la question du style, je crois que coudre, c’est s’intéresser à son corps : le regarder, le mesurer, le parer, parfois le réparer. Prendre le temps de réfléchir, de fabriquer, à petits points (j’ai bien sûr une machine, mais j’aime les finitions à la main), à son rythme, ce qui va nous aller. Une forme d’attention tout à fait spéciale.

Le koromogae en 8 points

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« Tiens, j’ai fait mon koromogae, le week-end dernier! » « Ton quoi, Carlotta? »

Mon amour des mots-concepts étranges (ou, plus simplement, mon snobisme?) me perdra. Le Koromogae, bien connus de tous ceux qui ont été expatriés au Japon (ou ont lu beaucoup de Shojo mangas), c’est le roulement de garde-robe bi-annuel auquel se livrent écoliers, porteurs d’uniformes et salary men. Au printemps, tout le monde passe de la laine au coton, du bleu marine au bleu chambray, de la chemise à manche longues à la chemisette (je vous épargne mon opinion sur cette dernière).

C’est non seulement plutôt joli _ comme si tout le monde muait en même temps, mais dans un pays où l’espace est souvent un enjeu (peu d’appartements tokyoïtes se permettraient le dressing de Carrie B.), il est également raisonnable de n’avoir à portée de main que la moitié de sa garde-robe et de conserver l’autre à un endroit moins accessible. Pratiquant le koromogae depuis deux ans et demi, je ne lui trouve que des avantages :

1. C’est une occasion idéale pour faire le bilan de la saison : tout ce qui n’a pas été porté peut prendre le chemin d’Emmaüs, tout ce qui est usé n’a plus l’occasion de se cacher : on raffine donc, deux fois par ans, le contenu de sa garde-robe.

2. Grâce aux petits sachets de lavande qui tiennent compagnie à mes vêtements pendant leur période de repos (j’ai une peur panique des mites), mon appartement embaume pendant tout un week-end.

3. Une armoire moins peuplée est une armoire mieux rangée : c’est visuellement bien plus agréable, et je prends tout ce qui peut me mettre de bonne humeur le matin.

4. D’une façon plus générale, c’est une occasion de céder à mon amour maniaque du classement ; je fais même tourner mes chaussettes selon leur coloris plutôt « été » ou « hiver » (le cas difficile des chaussettes grises tient mon public en haleine).

5. Retrouver des vêtements qu’on avait oubliés pendant ces six mois de séparation fait toujours plaisir _ si ça ne fait pas plaisir, il est peut-être temps de se référer à l’article 1.

6. Cela donne à mon compagnon, qui tend à me trouver légèrement frivole, l’illusion que j’ai moins de vêtements, puisque seulement une moitié d’entre eux sont visibles en même temps.

7. Ne disposant pas d’un espace où entreposer mes affaires 6 mois d’affilée, le koromogae est également une occasion idéale de rendre visite à mes parents!

8. Enfin, aux premiers beaux jours, le koromogae est à la folle de fringues ce que les terrasses ensoleillées sont aux Parisiens : un instinct, un besoin, un appel irrésistible : une célébration de la nature et du cycle de ses saisons.

Lorsque j’ai répondu à cet appel il y a quinze jours, nous avons pris notre premier repas dehors. Depuis, il refait froid. Tous mes vêtements chauds sont chez mes parents.

Fichu printemps.