Film de style : Voulez-vous danser avec moi – 1959

Ce qu’il y a de bien avec le fait d’aimer autant les fringues, c’est que si les costumes sont bons, il importe parfois peu que le film le soit. C’est le cas de Voulez-vous danser avec moi, comédie légère assez nanar sur fond d’intrigue policière et véritable ode à Brigitte Bardot. La star est à l’époque un phénomène sans précédent, et le film est surtout un prétexte pour la voir soupirer, râler, tempêter, séduire et faire la moue.

Pas grave : sa garde-robe est signée Jacques Esterel, celui qui signa la même année sa plus que célèbre robe de mariée en vichy rose et qui, s’il n’a pas aujourd’hui la renommée d’un Saint-Laurent ou d’un Givenchy, a eu néanmoins une influence considérable sur la mode de l’époque. Autant dire que je me suis régalée : le film est un festival de tailles hautes et si certaines tenues ont beaucoup vieilli, d’autres demeurent plutôt inspirantes. La suite ici…

One good thing about being a fashion lover is that if the costumes are good, I don’t really care when the film is not. It’s definitely the case for Voulez-vous danser avec moi (“do you want to dance with me?”). The whole film is rather a pretext to watch the young Brigitte Bardot (who was a rather unique character at the time) sighing, moaning, smiling, pouting and having tantrums.

Anyway, her dresses are made by Jacques Esterel, who designed her famous pink gingham wedding dress the same year. The designer may not be as famous as Yves Saint-Laurent or Hubert de Givenchy, but he definitely had a considerable influence on fashion at the time. I rather enjoyed watching the movie : some of the outfits are definitely outdated, but some details remain inspiring. Continue reading

Oh, beauty!

Sharon Tate, Britt Eckland, Monica Vitti, Marianne Faithful, Catherine Deneuve, Miss Dior, Tuesday Wield, Brigitte Bardot

Si je me demande bien souvent quoi faire de mon corps ou de mon visage, je ne m’étais jamais demandé si j’avais un idéal féminin. Outre le fait que je considère plutôt comme une admiratrice de la beauté dans toute sa variété, j’ai toujours trouvé assez absurde de se fixer un idéal (autant que de faire des classements du genre ‘les 10 plus chouettes ceci/cela sur Terre’). Décider que telle actrice ou tel mannequin est la plus belle femme du monde me semble non seulement un peu vain, mais surtout, à quoi bon se fixer un idéal lorsque l’on a pas les moyens de tendre vers celui-ci?

En fait, tout ça est de la faute d’Elixie, un peu, et de Pinterest, beaucoup : tout est parti de cette photo de Tuesday Wield, qui a inauguré un tableau entièrement composé de photos de blondes en noir et blanc, un cliché de Bardot en entraînant un autre de Deneuve, puis de Faye Dunaway, de Jane Fonda… etc. C’est comme ça que j’ai commencé malgré moi à esquisser un portrait familier : un visage féminin aux pommettes sculptées, à la bouche charnue, aux yeux sombres, qu’encadre et chamaille une opulente crinière blonde ; un visage qui pourrait être celui des années 60 et 70, mes décennies de prédilection. Je me suis aperçu avec consternation que j’avais également repris, à la faveur du hasard, les mêmes grands yeux sombres et la même foisonnante frange blonde en me choisissant cet avatar signé René Gruau…

Je dis consternation, car mon opinion sur l’idéal n’a pas changé : je me sens plutôt piégée, et en tout cas frustrée par celui que j’ai mis à jour. Avoir un idéal de beauté ne me donne pas pour autant les moyens d’y ressembler, et je garde mes yeux clairs et mes cheveux trop fins. Finalement, il y a des choses qu’il vaut mieux ne pas savoir sur soi-même…

I often wonder what to do with my face or my body, but until now I never wondered about having a beauty ideal. Not only do I appreciate beauty in all its variety, but the very idea of a beauty ideal (or things such as ’10 most beautiful something’ rankings) seems a bit absurd to me : deciding that this actress, this model is the most beautiful woman in the world (or in your opinion) is a bit pointless to my eyes, but above all, what’s the use of setting an ideal if you can’t reach it?

Well, this is all the fault of Elixie (a bit) and of Pinterest (a lot). It all started with this picture of Tuesday Wield : the seed from which grew this board of blondes in black and white. That’s how it appeared : this familiar face, with high cheekbones, sensual lips, big dark eyes, framed by a thick blond mane… This could be the face of the sixties and seventies, my favorite decades for style and music. To my utter dismay, I even realized that the avatar I picked (René Gruau’s original Miss Dior) shares the same dark eyes and puffy blond hair.

I say “to my utter dismay”, because the fact I do have an ideal after all doesn’t change a thing to my original opinion : I actually feel a little trapped and frustrated! There’s no way I can turn my eyes to dark brown or make my hair grow into a thick mane : my eyes will remain clear and my hair too fine. Sometimes I wish I’d remain ignorant about myself…

Film de style : Lolita – 1997


Après le cru 1962, il semblait logique de faire du Lolita d’Adrian Lyme mon prochain “film de style”. Malgré quelques faiblesses (quelques séquences bien trop hamiltoniennes pour ne pas faire cliché, ou celles, grotesques, de la parano d’Humbert et de la mort de Quilty), il m’a davantage plu que celui de Kubrick (hé oui!). Il a l’intelligence de situer le film dans le contexte d’origine du livre, celui de la fin des années 40, où s’ébauche l’Amérique rutilante des drugstores, des Buicks et des Ice cream sodas. Sur la route parcourant les infinis paysages américains, de motel en station service, on imagine volontiers Humbert et Lolita croisant un instant Jack Kerouac.

Cette époque influence aussi le statut (et le look) de Lolita : l’adolescence n’a pas encore l’importance qu’elle prendra au tournant des années 60, et l’allure de la Lolita campée par Dominique Swain alterne perpétuellement entre gamine et femme fatale. Et puis, autant l’avouer : j’ai un faible pour la mode années 40, et pour Jeremy Irons. La suite ici

After the 1962 movie, it seemed fair to write aboute the 1997 adaptation of Lolita by Adrian Lyme. Despite a few flaws (some parts remind me too much of John Hamilton’s photography, the paranoïa and the murder of Quilty are not far from grotesque), I preferred this adaptation to Kubrick’s one (I disappoint myself on this one). More faithful to the novel, the movie takes place in the end of the forties, which is much more interesting in regard of Lolita’s status, since teenagehood is very different from what it is in the beginning of the sixties in the Kubrick movie. Dominique Swain’s Lolita is not exactly a teenager : her allure perpetually hesitates between simply childish and much more womanly features. And oh well : I do have a weakness for forties fashion and prints, and for  Jeremy Irons. Continue reading