Le complexe de Peau d’Âne – The Donkeyskin complex

Le nom de ce complexe fantaisiste doit évidemment beaucoup à Jacques Demy.

Ce blog est un peu en sommeil cet été. Si je ne le suis pas moi-même (j’ai cousu de nombreuses choses afin de remplir ma valise, de moins en moins imaginaire) j’ai par contre remarqué que c’était le cas de ma _pourtant vive_ coquetterie : je suis en plein complexe de Peau d’Âne. Le complexe de Peau d’Âne, c’est ce qui fait qu’on remet toujours les trois mêmes jeans alors que l’armoire qui les héberge renferme pourtant de jolies robes. On m’opposera qu’avec le temps qu’il a fait sur l’hémisphère nord de la France ces dernières semaines, montrer ses gambettes semble un peu hors-saison. Mais même aux plus beaux jours des mois de mai et de juin, j’étais déjà frappée par cette affection : sans rapport avec la météo, le complexe de Peau d’Âne, c’est l’idée que l’on doit d’abord passer par l’état de souillon pour atteindre celui de jolie princesse.

Pas nécessairement sale, la souillon, tout de même. Non, juste négligée : l’ ‘état de souillon’, c’est ce que je caractériserais aussi de non-style : ces jeans slims mal ajustés qui descendent sur les fesses et se tire-bouchonnent sur mes chevilles, ce bataillon de tee-shirts Petit Bateau et de bêtes pulls sont autant de vilaines peaux pour qui croque des frusques à longueur de temps, se constitue une garde-robe bien remplie et garnit ses tableaux Pinterest de jolis vêtements. Le complexe de Peau d’Âne, c’est la dichotomie qui s’opère entre notre enveloppe, cet être ordinaire qu’on néglige, et le style qu’on aimerait se trouver, adopter, et qui reste du coup du domaine de l’idéal.

Ça n’a l’air de rien comme ça, mais il y a quelque chose de pervers là-dedans : comme si on devait attendre quelque chose pour essayer de commencer à se ressembler, un peu comme certains (peut-être victimes du complexe du prince charmant?) attendent d’avoir rencontré la bonne personne pour penser à être heureux. Alors qu’on a tellement plus de chances de rencontrer la bonne personne en étant heureux ou en cherchant à l’être, non? Je me souviens confusément de mots que j’attribue à Vivienne Westwood, sans que je sois parvenue à les retrouver, selon lesquels les gens les mieux habillés tendent à mener des vies plus intéressantes (ça ressemble à du Vivienne Westwood, non?). Je me demande ce que j’attends pour essayer un peu plus, finalement…

This blog has been a little drowsy lately. I haven’t (I even made big progresses on my summer essentials), but it was definitely the case for my (usually pretty vivid) coquetry : readers, I think I suffer from a Donkeyskin complex. The Donkeyskin complex (Donkeyskin seems like a fairly French fairytale, but as you can check here, it’s not a skin disease) is when you always wear the same three pairs of jeans whereas there are some pretty dresses in your closet. Granted, the weather has been dreadful on France’s northern hemisphere these last weeks, and going bare legs was a little difficult. But even in the brightest, hottest days of May and June, I was already the prey of this terrible disease : the Donkeyskin complex doesn’t have anything to do with the weather, but rather with the idea that you have to be a slattern, in order to become a pretty princess.

A slattern is not necessarily dirty (do you think I’d post such a thing on a blog?), but rather… sloppy. The “slattern state” could also be called anti-style : in my case, it consists in wearing the same poorly fitting denim trousers, identical Petit Bateau tees and plain sweaters, while sketching, making and pinning pretty clothes. The Donkeyskin complex is the dichotomy between our day-to-day self, this ordinary being we tend to neglect, and the ideal style you’d like to find and wear.

This is actually a perverse idea : as if you had to wait, in order to begin to try to be and feel like yourself, a bit like some (being themselves victims of the Prince Charming complex?) wait for the ‘right person’ so that they can begin to think of happiness. Whereas there are much more chances to find this ‘right person’ while you’re already trying to be happy by yourself… Right? I confusely remember some words that I think were from Vivienne Westwood : according to her (or at least it seems like something she would say), best dressed people tend to live more interesting lives. I really wonder what I’m waiting for!

Enfin raisonnable?

Le jour où nous serons toutes aussi élégantes qu’un dessin de Gruau, la mode aura rudement progressé…

Cette semaine et la précédente, j’ai un peu fait les soldes. Ça n’a rien de remarquable, c’est même le dernier scoop de la planète. Ce qui est davantage remarquable, en revanche, c’est qu’entre ces soldes et les précédents (eux-mêmes bien raisonnables, composés de fonds de bacs du Monop’), je n’ai acheté qu’une paire de chaussures et une collection de T-shirts Petit Bateau, acquis pour moins de 2 euros à Barbès, que je crois être la dernière étape avant leur recyclage.

C’est arrivé un peu comme ça. Je ne m’étais pas particulièrement fixé de but au départ, mais je suis tout de même assez fière d’avoir su m’abstenir sur une telle durée : c’est une expérience inédite pour moi. Même si je ne suis pas la shopaholic que je me suis soupçonnée d’être il y a quelques années, je n’en suis pas moins une fille de mon époque : toujours contente de mettre la main sur une nouvelle fringue, jamais satisfaite de celles que je possède déjà. Pourquoi ma consommation a-t-elle ralenti ces derniers temps?

Je crois que le syndrome couture y est pour beaucoup. Comme je m’en faisais la réflexion à la sortie du salon Made in France, j’ai développé des goûts de luxe : à force de coudre, même sans que les résultats soient parfaits, on devient plus critique sur les articles qu’on essaie : une composition qui ne soit pas 100% quelque chose, un pantalon qui bâille, une chemise mal cousue, un T-shirt qui tourne? je les laisse désormais sur leur portant. Même lorsque la frusque remplit toutes les conditions, je n’ai jamais le sentiment que le prix en est le bon. Je ne crois d’ailleurs pas avoir acheté un vêtement sans remise depuis bien plus d’un an. Il y a aussi d’autres préoccupations, moins réjouissantes : le shopping comme activité de loisir me met de plus en plus mal à l’aise. Il faut sans doute un sacré toupet pour dire ça lorsqu’on tient un blog consacré au style (je dois à la fast fashion une part de mon éducation mode et la plupart du contenu de mes armoires), mais la surconsommation m’écœure et m’inquiète d’autant plus que comme le souligne Zoe dans cet excellent billet (en anglais mais que je vous recommande, car il couvre plus que ce seul sujet), elle est devenue une composante essentielle de notre économie.

Nous sommes très loin du fashion wonderland à la sauce Carlotta _où les vendeuses de chez H&M et consorts sont devenues couturières de quartier pour des clientes possédant certes moins de vêtements au profit d’une qualité, d’une coupe et d’une allure parfaites_ mais je dois l’avouer : à une échelle très individuelle, mon “abstinence non préméditée” m’apparaît déjà comme un joli signe..

The day when we’re all as elegant as a drawing by Gruau, well, will be a great day for fashion indeed…

This week and the week before, I shopped a few items on sales. It’s a rather non-remarkable fact, but what’s more remarkable is that I didn’t purchase anything but a pair of shoes and a bunch of Petit Bateau tees (I had found them for less than €2) between the current sales and the ones before them.

That was unpremeditated : I didn’t take a wardrobe refashion pledge or anything ; still, I’m rather proud of myself, considering the fact it’s a rather new experience for me. Even if I’m not the shopaholic I suspected myself to be a few years ago, I’m nevertheless a very contemporary girl : always happy to get new clothes, and never satisfied with what she already has. So why did my consumption slow down during these last months?

I think taking sewing more and more seriously, even if I’m far from considering myself a good seamstress, has undubitably something to do with it. As I noticed it after the Made in France trade show, I’ve grown more and more critical about the things I find in high-street stores. A gapping pair of trousers, a poorly finished shirt, an item that isn’t made of 100% something, and I leave the garment on the shelf. Even if it seems perfect, I always have the feeling that it shouldn’t be sold at this price (I don’t think I purchased a garment at 100% of its original price for a very long time). There are also not-so-positive reasons : shopping as a leisure activity is making me feel less an less at ease. It might be hypocritical from someone dedicating her blog to style in general (after all, I beneficiated a lot from fast fashion), but over-consumption sickens me just as much as I find it worrying, since, as Zoe describes it in this excellent post, it has become an essential part of our economy.

I know we’re far from the Carlotta version of fashion & style wonderland, where H&M salesgirls are now local seamstresses, and where their customers own fewer, but much better garments in terms of quality, elegance and fit. Yet, at a very individual scale, I can’t help but to consider my “unpremeditated abstinence” as a good sign..